La presse en parle

On ne naît pas souverainiste, on le devient !

Dans notre République française (régime semi-présidentiel), tout citoyen forme le peuple souverain grâce au droit de vote universel. Auparavant, le souverain était le monarque puis l’Assemblée des députés l’en déposséda et depuis l’élection au suffrage direct du Président de la République, les souverainetés du peuple et de la nation sont déléguées et s’incarnent le temps d’un mandat.

Chaque citoyen est donc souverain mais est-il souverainiste ? Non mais il peut le devenir. Le souverainisme est né au Canada, dans les provinces francophones. Un souverainisme latent, le gaullisme, s’est développé en France à l’occasion de la reconstruction économique européenne d’après-guerre, faisant suite au CECA. Au-delà du traité d’amitié franco-allemande, ce souverainisme s’est fortement opposé à l’européisme, défendant à long terme un fédéralisme à l’américaine, à l’occasion de deux traités : celui de Maastricht qui a effacé la souveraineté monétaire, et celui sur la Constitution européenne. Quoi qu’on en pense, les traités ont préservé paradoxalement des souverainismes : voyez le divorce du Royaume-Uni avec l’UE (impossible aux Etats-Unis : cf. la guerre de Sécession) ou encore le principe de subsidiarité en matière fiscale, d’immigration, etc. Cela s’est manifesté au moment de la crise bancaire (Irlande, malgré un taux bas sur l’IS) puis de la zone euro (acronyme sarcastique PIGS) dont l’apogée fut la crise grecque, celle des migrants par milliers, où des progressistes ont déploré le manque de solidarité ou de générosité. Mais n’était-ce pas de leur part des larmes de crocodiles, autrement dit, étaient-ils sincères ?

Le progressisme en France est encore sur la défensive parce qu’il est dogmatique : les frontières internes à l’espace Schengen devaient rester ouvertes au début du coronavirus. Voilà que la France en appelle à emprunter davantage, cette fois au nom de l’UE, pour supporter le coût de la crise sanitaire. Le retour nostalgique au franc (et ses dévaluations) ou le Frexit aventureux serait-il la solution pour arrêter d’emprunter, donc de saper encore plus la souveraineté économique et financière ? Les progressistes rétorqueraient que le pays reste très attractif pour les investissements étrangers et qu’il faut garder une masse critique économique via l’UE face à la Chine ou aux Etats-Unis. Mais qu’en est-il de la géopolitique ? La France en tant que telle est membre permanent du Conseil de sécurité, possède l’arme nucléaire, est en première ligne, sur le front face aux terroristes, etc.

Un souverainisme ne doit pas se décliner au seul nom de libertés absolues mais accepter les traités internationaux (la signature est sacrée). C’est surtout reconnaître les souverainismes des autres pays (dont celui de l’Irlande) et continuer à commercer avec ses voisins selon des règles de réciprocité. Etant donné la complexité administrative d’accords bilatéraux (voir le dossier du Brexit avec l’UE), il est préférable de rester dans l’UE où règne de principe une concurrence libre et non faussée et où des fonds structurels alimentent les économies nationales : ce qu’ont parfaitement compris Pologne, Hongrie (hors zone euro) … On peut aller plus loin, en proposant une « renaissance », une « réinvention » (dans le sens de retrouvailles) de l’Europe via de nouveaux traités à soumettre par référendum, en particulier en introduisant de la souplesse pour les critères de Maastricht et ainsi éviter toute politique imposée d’austérité à la grecque. Les réformateurs ne sont pas forcément ceux qu’on croit.


Philippe POINSOT de Dijon
Posté le 25/06/2020 11:26:20 Réaagissez à cet article
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